LA CROIX > Karima Delli, l’écologie loin des « bobos » 08/03/17

PRESSE I Portrait par Sébastien Maillard paru le 6 mars dans la Croix

La jeune députée européenne du Nord a repris le combat de son mentor en politique, Marie-Christine Blandin, celui de rendre l’écologie populaire.

Elle porte un pull noir. Il était à sa sœur. Députée européenne et désormais présidente, au Parlement européen, de la commission transports, Karima Delli n’en garde pas moins l’habitude de troquer des vêtements au sein de sa fratrie. La version la plus élémentaire de l’« économie circulaire », pour qualifier en termes plus savants cette pratique répandue dans les familles nombreuses. Et qui illustre qu’avoir un geste écologique n’est pas réservé aux riches.

« L’écologie est perçue comme une affaire de “bobos” parce que manger bio ou rouler en voiture hybride coûte en effet plus cher », reconnaît Karima Delli, qui ambitionne de rendre « l’écologie populaire ». Sa famille en fut, avec le recul, sa première école. Avec treize enfants et un revenu d’ouvrier dans le textile, ses parents n’avaient d’autre choix que celui de la sobriété.

En somme, de ne rien gaspiller, d’avoir un train de vie modeste et de recycler ce dont on dispose déjà. « Notre maison de Tourcoing constituait un véritable marché aux puces, avec des placards remplis de trésors », décrit-elle dans un livre autobiographique (1), demandant « pourquoi racheter alors que tout est déjà disponible dans une vieille malle ? » À ses yeux – volontiers rieurs –, les classes populaires forment en ce sens « l’avant-garde » de l’économie du partage, à leur insu.

« Proposer une alternative, comme un “chèque vert” pour changer de voiture »

À l’écouter, l’écologie est aussi accessible que de monter à vélo. Le sien est depuis toujours un hollandais rouge, adapté à sa petite taille, acheté sur une brocante. En écologiste militante, Karima Delli déboule avec au Parlement européen. La nouvelle présidente de la commission transports n’a jamais possédé de voiture – même si elle a le permis. Recommande-t-elle pour autant à tous, comme Christine Lagarde il y a dix ans lorsque les prix du pétrole flambaient, de prendre sa bicyclette ?

L’élue du Nord, qui s’est impliquée dans le scandale Volkswagen (ou « Dieselgate »), ne veut pas culpabiliser l’ouvrier qui roule au gazole pour aller au travail. « Il faut en même temps lui proposer une alternative, comme un “chèque vert” pour changer de voiture », estime-t-elle. Cette approche, elle l’a apprise auprès de Marie-Christine Blandin. La sénatrice verte du Nord est celle qui lui a mis le pied à l’étrier en politique, l’engageant comme assistante parlementaire après une rencontre en 2004. L’étudiante Karima l’avait sollicitée pour un mémoire sur la place des femmes en politique.

Auprès de l’ancienne présidente du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, elle croise des statures aussi intimidantes pour elle que Robert Badinter ou feu Pierre Mauroy. Sous les ors du palais du Luxembourg, la « ch’ti » d’alors 24 ans, sac au dos, se sent plus à l’aise avec les huissiers, attachés et autres « petites mains » du Sénat, comme elles les appellent. Idem aujourd’hui au Parlement européen. Ou encore au restaurant parisien où elle a ses habitudes, s’inquiétant de la santé d’une des serveuses avec qui elle a sympathisé. En politique désormais avertie, Karima Delli a le sens du contact et de la communication. Mais son comportement montre aussi qu’il n’y a pas que l’écologie qui soit d’abord populaire. C’est, chez elle, une culture, un milieu. Des chansons qu’elle fredonne sans cesse.

Ancienne militante de « Jeudi noir » et de « Sauvons les riches »

De quoi détonner au Parlement européen. Huit années dans les allées parlementaires n’ont pas privé Karima Delli de sa simplicité coutumière – non sans une propension, toutefois, à céder aux formules politiques faciles. « Elle est arrivée toute fraîche, avec un esprit de découverte, mais s’est investie tout de suite à fond dans les dossiers. Elle fait aujourd’hui partie des eurodéputés français qui bossent », témoigne une observatrice habituée de l’hémicycle strasbourgeois : « Son élection à la tête de la commission des transports marque une reconnaissance de cette implication. La preuve qu’elle n’est pas prise pour la “beurette de service”. »

L’ancienne militante de « Jeudi noir », pour l’accès au logement, et de « Sauvons les riches » ne débarque pas en réunion comme une fleur. « Je suis la neuvième enfant sur treize, soit, en football, la place d’un attaquant ! », prévient cette adepte des happenings, partie d’un BTS en action commerciale pour faire désormais de l’action politique.

C’est Daniel Cohn-Bendit qui repéra cette agitatrice avant les élections européennes de 2009 pour la placer quatrième sur une liste francilienne, soit en position considérée non éligible. La vague verte, cette année-là, fut la chance de Karima Delli, la propulsant soudain parmi les benjamins de l’assemblée strasbourgeoise. En position désormais de faire valoir ses thèses écologistes, sa gageure est de rendre en même temps également populaire l’Europe.

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Son inspiration : l’Européen Cohn-Bendit

« Daniel Cohn-Bendit a une énorme confiance dans la jeunesse. C’est lui qui m’a appelée sur mon portable, en 2009, pour me proposer d’être sur sa liste électorale. Je ne le connaissais alors que de réputation. Même si on n’est pas d’accord sur tout, il m’a inspirée par ses qualités de tribun. Il a un franc-parler et beaucoup d’humour. Dès qu’il prenait la parole dans l’hémicycle européen, on accourait pour l’écouter. Il nous manque aujourd’hui dans cette enceinte. Mais c’est l’Européen que j’admire d’abord en lui : c’est un vrai ! Il y croit, il a la volonté de la faire avancer, il l’incarne. C’est un militant. »

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