JDD > Karima Delli : "Assises de la mobilité, pour un grand plan de reconversion de l’automobile" 21/09/17

TRIBUNE I Publiée sur le JDD.fr le 21 juillet en prévision des assises de la mobilité 

La députée européenne EELV Karima Delli souhaite, dans ce texte, que les assises de la mobilité prévues en septembre soient "la première étape d’un grand plan national de reconversion de l’industrie automobile française".

Les assises de la mobilité annoncées pour septembre par Emmanuel Macron et la ministre des Transports Elisabeth Borne témoignent d’une volonté d’anticiper les évolutions du secteur des transports. C’est heureux, mais encore faut-il revenir sur les erreurs passées. Car la mobilité est depuis longtemps devenue un des grands maux français : entendue a priori comme une liberté, elle est plus souvent vécue comme une suite de contraintes. Et si les transports en commun y prennent une part indéniable, le moyen de transport qui cristallise ces difficultés est avant tout la voiture individuelle. À tel point que jamais depuis des décennies ses rôle et place dans la société n’ont été ainsi remis en cause. Ces assises doivent être le moment du débat sur la filière automobile, pour établir au plus tôt une vision partagée de ce que peut et doit être l’automobile de demain.

L’urgence est sanitaire. Comment imaginer qu’en 2017, rien qu’en Europe 430.000 morts prématurées par an sont encore dues à la pollution de l’air? Comment expliquer que mêmes les modèles les plus récents de nos véhicules, censés respecter la norme Euro6, polluent plus que ne l’autorise la loi en vigueur?

L’urgence est sécuritaire. Comment encore aujourd’hui, peut-on admettre que chaque année, 26.000 Européens trouvent la mort sur la route?  

L’urgence est sociale : comment laisser de 6 à 8 millions de Français sans accès à la mobilité?

Enfin l’urgence est environnementale et climatique: depuis 1990, tous les secteurs de notre économie ont réussi à réduire leur taux d’émission de CO2, l’agriculture et l’industrie y compris. Les transports, eux, ont vu leur taux d’émissions augmenter de 30%.

À toutes ces questions, il faut apporter des réponses au plus vite.

Les vies, l’énergie, l’argent et le temps perdus sur la route sont considérables

Le besoin de changer les pratiques individuelles en est une, qui fait déjà consensus. Il est vrai qu’avec plus de 25% des émissions totales de l’Union européenne provenant des transports urbains, la marge de progression est immense. L’utilisation de la voiture individuelle confine à l’absurde, quand on sait que 50% des trajets en ville font moins de 5 km. Les vies, l’énergie, l’argent et le temps perdus sur la route sont considérables. Puisque ces assises entendent fixer une tendance à moyen terme, commençons par établir des objectifs simples et clairs pour en finir avec le tout-voiture, comme le doublement de l’utilisation des transports publics à horizon 2030, la distinction aux péages entre véhicules partagés ou non, l’incitation fiscale à l’achat de voitures propres comme à l’utilisation du vélo - que Strasbourg soit la ville la plus cycliste de France, avec seulement 12% du trafic, en dit long sur ce qu’il reste à faire.

Mais ces changements de comportement n’auront de sens que s’ils sont accompagnés de leurs équivalents au niveau industriel et réglementaire.

Des constructeurs, les consommateurs et simples citoyens sont en droit d’exiger qu’ils appliquent enfin toutes les législations en vigueur et à venir. Deux ans après le scandale Volkswagen, nos normes d’émissions polluantes ne devraient plus être bafouées en toute impunité, comme elles le sont encore aujourd’hui par Mercedes et l’ont été par Renault plus tôt cette année. L’urgence nous commande de ne plus faire de lois pour rien : la lutte contre les dégâts causés par le diesel et l’essence n’est pas un caprice de bobo mais bel et bien une nécessité pour nos enfants, les générations futures et l’avenir de notre planète.

Néanmoins c’est aussi au régulateur qu’il revient de fixer un cap pour que les investisseurs se déportent de ces vieilles technologies et en favorisent de nouvelles. Si la fin de production de véhicules diesel et essence annoncée pour 2040 par le Ministre de l’écologie Nicolas Hulot va dans le bon sens, encore faudrait-il pointer du doigt la direction à prendre pour les remplacer. Pourquoi ne pas fixer au passage des objectifs chiffrés pour l’électrique, l’hydrogène et le gaz, afin de garantir demain un mix énergétique équilibré pour garantir le caractère non-polluant de notre flotte? Ne nous y trompons pas : derrière l’impératif de neutralité technologique se terre hélas souvent la menace fossile du statu quo.

Enfin, si ces assises peuvent nous aider à revenir sur des erreurs passées, elles doivent également permettre de conjurer l’un des grands maux français : légiférer une fois qu’il est trop tard. Évoquer la voiture en se focalisant seulement sur sa place et son carburant serait répéter cette erreur. Car au-delà, c’est son usage complet qui est sur le point de changer grâce aux véhicules connectés, et bientôt autonomes. Pour preuve, l’Allemagne vient de se doter d’une législation propre à ce type de véhicule en mai dernier. La "start-up nation" voulue par Emmanuel Macron restera-t-elle dans le ventre mou du peloton européen, bientôt forcé, en l’absence de point de vue, de s’adapter à la direction fixée par Berlin? Ce serait incompréhensible, quand on sait le poids de la France en matière automobile. Mais ce serait aussi une erreur industrielle durable, quand on sait que ce sujet est en lien direct avec la question des données, ce pétrole du XXIe siècle sur lequel lorgnent avec appétit les constructeurs - au détriment des consommateurs?

Répondre à toutes ces questions ne saurait se faire sans une vision intégrée de la filière automobile. Par "intégrée", on entend ici "vision globale", à tous les niveaux de la chaîne, soit avec les salariés et les consommateurs. N’oublions pas l’évidence : derrière les voitures, il y a des femmes, des hommes, presque deux millions de salariés et des territoires entiers dont le bien-être et le développement en dépendent. Ne prenons pas le risque de passer dans l’urgence d’un modèle à un autre, en faisant de ces gens une soupape de sécurité. C’est pourquoi ces assises de la mobilité doivent être la première étape d’un grand plan national de reconversion de l’industrie automobile française, couplé à une réflexion sur la gestion et les usages des véhicules. Faisons en sorte que tous les acteurs y participent, et en fassent la caisse de résonance de toutes leurs doléances, industriels, salariés, entrepreneurs, consommateurs et élus. La mobilité dans quelques années n’aura plus rien à voir avec ce que l’on connaît, et tant mieux! Encore faut-il que chacune et chacun prenne sa part au débat.

Par Karima Delli, députée européenne.

 

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