LE POINT > Pollution des transports : l'urgence 14/12/17

PRESSE I Papier d'Emmanuel Berretta suite au vote du rapport Eickhout 

Pollution des transports : l'urgence

Lors du One Planet Summit à Paris, huit États américains se sont engagés dans le véhicule électrique. De son côté, le Parlement européen lance des pistes.

Dans le secteur du transport, tous les dirigeants américains ne sont pas alignés sur les positions anti-écologiques de Donald Trump. Huit États de l'Ouest américain (Arizona, Colorado, Idaho, Montana, Nevada, Nouveau-Mexique, Utah et Wyoming) ont annoncé, à l'occasion du One Planet Summit à Paris, la mise en place d'un plan régional de développement des véhicules électriques avec l'objectif de déployer un réseau commun de stations de recharge pour faciliter les longs trajets.

Selon les chiffres produits lors du sommet, les transports représentent 15 % des émissions mondiales de CO2. Mais, en Europe, c'est bien plus : 25 % des gaz à effet de serre viennent du transport, dont 70 % sont imputables au transport routier, selon un rapport européen débattu, jeudi 14 décembre, devant le Parlement européen. De plus, le transport est l'un des rares secteurs dont les émissions de CO2 continuent d'augmenter depuis 2015 (+ 16 % entre 1990 et 2015).

La pollution de l'air tue

S'il y a urgence à transformer le transport polluant en transport propre, c'est aussi pour des raisons sanitaires. La pollution de l'air provoque chaque année au moins 400 000 morts prématurées par an en Europe, entraînant des dépenses de santé allant de 330 à 940 milliards d'euros, soit entre 3 et 9 % du produit national brut (PNB) de l'Union européenne, toujours selon ce rapport d'initiative rédigé par l'eurodéputé écologiste néerlandais Bas Eickhout. Ce rapport a été adopté par la commission du Transport du Parlement européen, le 12 octobre 2017, par 25 voix « pour », 10 « contre » et 10 « abstentions ».

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Donald Trump considérera certainement ces chiffres alarmants comme des « fake news », mais ce n'est pas le sentiment de la cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement réunis, mardi, à Paris autour d'Emmanuel Macron pour évoquer un sujet-clé : le financement de la lutte contre le réchauffement climatique.

L'eurovignette pour les voitures ?

L'Union européenne avait pris, dès 2011, la décision de réduire de 60 % d'ici à 2050 les émissions de carbone dans les transports. Pour respecter l'accord de Paris sur le climat, conclu en 2015, le rapport Eickhout (adopté par la commission Transport et Tourisme du Parlement européen le 12 octobre 2017) rappelle qu'il faut créer les conditions d'un transport neutre en carbone d'ici à 2050. Il propose des pistes ambitieuses, l'application concrète de mesures déjà existantes et d'autres à adopter dans le « paquet mobilité » qui doit être voté par le Parlement européen. « On dirait que l'Europe attend que le marché fasse des merveilles alors que la Chine a décidé de produire un minimum de 10 % de véhicules électriques dès 2019, s'exclame Karima Delli, la présidente de la commission Transport du Parlement européen, jeudi, lors du débat. C'est beau de critiquer M. Donald Trump sur ses engagements climatiques, c'est mieux que l'Europe reprenne le leadership en matière de changement climatique et devienne exemplaire. Je vous demande de suivre les propositions de notre rapporteur, M. Bas Eickhout. »

Parmi les mesures proposées (un résumé est disponible ici, en français), on retiendra la révision de l'eurovignette dont le prix devrait reposer sur la distance parcourue (plutôt que sur le temps) et son extension aux voitures, aux camionnettes... Ce qui n'ira pas sans faire grincer des dents. Cela dit, une certaine flexibilité serait tolérée pour les « régions éloignées et peu peuplées ». Le rapport propose également de tirer parti des systèmes intelligents de transport pour éviter les embouteillages consommateurs inutiles de carburant. Cela peut paraître encore comme de la science-fiction, mais, à l'avenir, l'intelligence connectée de nos véhicules – sans doute, sans chauffeur humain – calculera les flux routiers au mieux des exigences urbaines de mobilité et de consommation d'énergie.

Véhicules à zéro émission

Encore faut-il disposer de voitures électriques à un prix abordable et moins chères qu'un véhicule à essence. D'où le fait que la commission Transport du Parlement demande la mise en place de quotas de production de véhicules à zéro émission. La Commission de Bruxelles se voit aussi proposer de supprimer progressivement les subventions directes et indirectes aux combustibles fossiles d'ici à 2020 au plus tard.

Lors de l'accord de Paris, le transport aérien et maritime avait échappé aux radars. Les pays émergents ont bloqué toute mesure, de crainte de pénaliser le transport de marchandises lié au commerce mondial, une part essentielle de leur développement. Le sujet est particulièrement sensible dans l'aérien où l'Europe a dû suspendre l'application d'une directive en 2012 sur les vols internationaux face aux menaces de représailles commerciales des États-Unis, de la Chine, de l'Inde et de la Russie.

La délicate taxation du kérosène

Le Parlement européen aura-t-il de nouveau l'audace de proposer une taxation du kérosène et la suppression d'une niche fiscale sur la TVA des billets d'avion ? En France, cette niche fiscale représente, pour les vols intérieurs, un cadeau compris entre 315 et 400 millions d'euros par an selon les calculs...

Le One Summit Planet a, quant à lui, abordé la question du transport maritime. Trente-cinq États ont appelé le secteur du transport maritime à respecter l'accord de Paris. Les bateaux sont responsables d'environ 3 % des émissions de GES, soit l'équivalent des émissions d'un pays comme le Japon ou de l'ensemble des pays d'Amérique latine, relevait une note du Centre d'analyse économique de février 2017. « Dans le secteur maritime, l'amélioration des systèmes de propulsion et des chaudières, la réduction des surconsommations liées aux frictions aquatiques, l'abaissement des vitesses de route et l'optimisation de celles-ci, la réduction de la congestion portuaire, l'augmentation de la taille des navires, les nouveaux carburants (notamment le gaz naturel liquéfié), offrent des voies d'amélioration très substantielles », indiquait cette même note.

Dans une directive du 21 novembre 2012, l'Europe a d'ores et déjà réglementé la quantité de soufre (très nocif pour la santé) contenue dans les carburants des navires dans ses eaux territoriales. Le plafond mondial de 0,5 % pour les émissions de soufre des navires entrera en vigueur au 1er janvier 2020.

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