LES ECHOS > Transport routier : la réforme patine à Bruxelles 06/06/18

PRESSE I Article des Echos à l'occasion du Conseil Transports du 7 juin 2018

Les ministres des Transports européens se retrouvent jeudi. Les pistes pour lutter contre le dumping social sont au coeur d'un bras de fer entre les pays de l'Ouest et de l'Est.

Pare-chocs contre pare-chocs. Un an aprèsla proposition de la Commission européenne, l'explosive réforme du transport routier patine à Bruxelles, victime d'un intense bras de fer entre les pays de l'Ouest et ceux de l'Est, opposés sur quasiment tous les pans de cet ensemble de directives et de règlements.

Jeudi, les ministres européens des Transports se retrouvent en Conseil, à Luxembourg, pour un rendez-vous qui devait au départ les voir adopter une « orientation générale », un accord politique. Il n'en sera rien : après six mois d'empoignades en groupes de travail, le Conseil se bornera à leur présenter des « rapports de progrès », points d'étape ici bien mal nommés. Aucun consensus ne se dessine sur les quatre dossiers clefs : le statut ou non de salariés détachés des routiers (et donc leur salaire), leurs temps de repos, les règles du cabotage et le calendrier de la généralisation des nouveaux tachygraphes devant faciliter les contrôles.

Europe sociale contre marché unique

« Les deux blocs visent des objectifs opposés », résume une source européenne. L'Ouest, au sein d'une « Alliance du routier » emmenée par Paris et Berlin, réclame au nom de l'Europe sociale et d'une concurrence loyale des mesures contre le « dumping social » des transporteurs de l'Est. Ces derniers exigent à l'opposé un maximum de souplesse au nom du marché unique et accusent l'Ouest de « protectionnisme déguisé ». Avec 5 millions de salariés et 560.000 entreprises recensées en Europe, les enjeux sont lourds.

La question de l'application du détachement illustre à elle seule l'ampleur des divergences : la France veut qu'un routier soit considéré détaché dès qu'il roule à l'étranger, la Commission le propose après trois jours dans un autre pays, les pays de l'Est évoquent une dizaine de jours ! Ces derniers sont d'autant plus fermes qu'ils jugent que la récente réforme du travail détaché est un cadeau à Paris et Berlin et entendent bien prendre leur revanche dans ce dossier aux allures de match retour.

Le jeu trouble des Bulgares

La Bulgarie, qui tient depuis janvier la présidence tournante du Conseil, est même accusée de ne pas y jouer son rôle de médiateur en raison de la forte pression que lui met son parlement sur ce dossier. « Depuis janvier, ils sont arc-boutés sur neuf jours pour le détachement ! Tous les « compromis » présentés restent très déséquilibrés », insiste une source proche de l'Alliance du Routier.

L'Ouest attend la reprise du dossier, à partir du 1erjuillet, par l'Autriche, qui héritera alors de la présidence du Conseil et est membre de l'Alliance du routier. D'ici là, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, s'active dans l'espoir de décrocher un accord à l'hiver. Elle a multiplié les rencontres bilatérales lors d'une réunion sur les réseaux européens de transport, fin avril en Slovénie. « Il prendra du temps mais il faut un accord. Les pays de l'Est y ont aussi intérêt pour sortir du flou juridique actuel », analyse un diplomate européen.

Tensions au Parlement

Certes, mais lequel ? Lundi soir, un signal peu encourageant pour la France est venu du Parlement européen. Dans un climat très tendu, avec des votes par nationalités plus que par groupes politiques, la commission Transport y a adopté une série de rapports sur les principales mesures du texte qui font bondir les eurodéputés hexagonaux. « On vient d'ouvrir la porte à une libéralisation à marche forcée », déplore l'écologiste Karima Delli, pointant en particulier l'autorisation du repos en cabine et l'allongement du temps de conduite. « Le transport routier, après avoir été abandonné par Emmanuel Macron dans les négociations sur la directive sur le détachement, continue, semble-t-il, d'être une variable d'ajustement de l'Europe sociale. Nous refusons cette situation ! », ont aussi réagi à droite Franck Proust et Renaud Muselier (PPE).

 

https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/0301765358973-transport-routier-la-reforme-patine-a-bruxelles-2181674.php

Twitter

Agenda

> Voir tout l'agenda

Newsletter



Recherche

Loading

Sites proches

 

 

 

© Karima Delli - www.karimadelli.eu
Réalisation: www.nizaruth.be - www.afd.be