LE POINT.FR > Travail détaché : les routiers, travailleurs de seconde zone ? 12/06/18

PRESSE I Interview donnée au Point.fr sur les enjeux de la plénière du 14 juin 2018 sur le volet social du paquet mobilité

La commission des Transports du Parlement européen a exclu les routiers de la protection des travailleurs détachés. Un texte qui fait hurler les Français...

Tout ce qu'Emmanuel Macron a arraché aux pays de l'Est sur la protection des travailleurs détachés a été abandonné s'agissant des routiers. La colère est palpable du côté des Français, toutes tendances confondues. Karima Delli (écologiste), présidente de la commission Transport, dénonce ce compromis douteux datant du 4 juin qui arrange le patronat des routiers des pays de l'Est et de l'Espagne.

« Les Français n'accepteront pas ce texte en l'état », prévient Françoise Grossetête (LR), vice-présidente du groupe PPE (démocrates-chrétiens). Les trois projets de directives en question échappent, en l'état, à un vote en séance plénière. Un "hold up", selon Karima Delli. Ici, il n'est plus question d'étiquettes politiques, mais de défense d'intérêts nationaux. C'est tout l'enjeu d'une bataille politique qui se joue actuellement au Parlement européen. Entretien avec Karima Delli.

Le Point : Qu'est-ce qui ne vous satisfait pas dans l'accord au sein de la commission des Transports du 4 juin ?

Karima Delli : Malheureusement, sur les trois textes votés (application de la directive travail détaché au secteur des transports routiers, cabotage et temps de conduite et de repos), la commission des Transports a adopté une position la plus libérale possible, au-delà même que ce que proposait la Commission européenne. À titre d'exemple, on peut citer le cas du travail détaché : alors que la Commission proposait d'appliquer ce statut à partir de trois jours, les eurodéputés de la commission des Transports ont proposé une exclusion pure et simple pour le transport international !

Autre exemple, sur le temps de repos, les compromis adoptés prévoient que les chauffeurs puissent conduire jusqu'à trois semaines avec seulement un jour de repos qu'ils ont le droit de prendre dans leur cabine alors même qu'un arrêt de la CJUE de décembre 2017 interdit le repos hebdomadaire en cabine. C'est inadmissible à la fois pour des questions de sécurité routière mais aussi pour les conditions de vie et de travail des salariés de ce secteur. Toutes ces dispositions reviennent à traiter les chauffeurs routiers comme des travailleurs de seconde zone.

S'agit-il d'un vote par pays plus que par conviction politique ?

Par conviction, je ne sais pas... Ce qui est sûr, c'est que les clivages traditionnels ne comptent plus et que c'est une logique d'intérêts nationaux qui a primé. Concrètement, deux visions de l'Europe s'opposent : celle d'une Europe supermarché face à une Europe qui protège. Mais les partisans de la première option ne le font pas tous pour les mêmes raisons : ce qu'il faut bien comprendre, c'est que là où les pays de l'Est cherchent à gagner des parts de marché en proposant des prestations de services entre pays tiers, d'autres cherchent simplement à continuer de transporter leur marchandise produite sur leur territoire, comme l'Espagne. Hélas, cet attelage étrange se retrouve à mener bataille ensemble contre la France, l'Allemagne et leurs partenaires de l'alliance du routier, et le rapport de force en devient très serré.

De mon point de vue, ce qui doit prévaloir au niveau de l'Union européenne et de l'Alliance du routier, c'est la nécessité de protéger tous les salariés du routiers, d'où qu'ils viennent, en leur assurant des conditions de travail dignes.

Y a-t-il une chance de renverser la tendance lors de la séance plénière ?

C'est la bataille que nous menons actuellement ! En effet, lundi 4 juin, la commission des Transports a également voté un mandat pour aller négocier directement en trilogue avec le Conseil et la Commission, sans passer par la case plénière, où il serait encore possible d'amender le texte. Cette tentative de hold-up vise à empêcher le Parlement de s'exprimer sur cette question, car les équilibres y sont différents. Pour rappel, en mars dernier, la commission de l'Emploi et des Affaires sociales avait adopté une tout autre position qu'en Transports en posant un certain nombre de principes comme le refus de libéraliser davantage le cabotage ou l'interdiction de dormir en cabine.

C'est pourquoi nous sommes en train de contester le mandat pour les trilogues afin d'obtenir un vote et un débat sur cette question à la plénière de juillet. Cette première étape se jouera ce jeudi, et nous comptons sur les principaux groupes de cet hémicycle (PPE et socialistes) pour prendre leurs responsabilités. Avec la montée des populismes en Europe, nul ne peut ignorer les conséquences politiques désastreuses d'une libéralisation à outrance de ce secteur ? Il faut redresser la barre au nom des valeurs européennes que nous partageons. Au fond, c'est bien l'avenir d'une certaine idée de l'Europe qui se joue ici.

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